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sriyukteswar.

Inner Worlds

Resurrection de Sri Yukteswar.

CH43. Autobiography of a Yogi, by Yogananda.



Dans la journée du 19 juin 1936, une semaine après la vision de Krishna, je méditais dans la même chambre d'hôtel lorsqu'une clarté irréelle me tira de mon recueillement ; la chambre tout entière avait été transformée en un monde de rêve, où la lumière du soleil s'était subitement transmuée en splendeur surnaturelle. Eperdu d'extase, je contemplais Sri Yukteswar lui-même, en chair et en os ! - Mon fils ! Le Maître parlait doucement, un divin sourire éclairant son visage angélique. Pour la première fois de ma vie je ne m'agenouillais pas à ses pieds sacrés, mais le serrai passionnément dans mes bras. L'angoisse des derniers mois n'était rien auprès du bonheur illimité que j'éprouvais maintenant. - 0 Maître bien-aimé, pourquoi m'avez-vous abandonné ? L'excès de joie rendait mes discours incohérents. - Pourquoi m'avez-vous laissé partir pour la Kumbha Mela? Avec quelle amertume me suis-je reproché de vous avoir quitté ! - Je ne voulais pas contrarier ton espoir de rencontrer Bâbâji à l'endroit même où il m'était apparu. Je ne t'ai quitté que pour un bref moment; ne suis-je pas auprès de toi désormais ? - Mais est-ce vraiment vous, le Lion de Dieu? Portez-vous la même enveloppe charnelle que celle que j'ai inhumée dans le sable cruel de Puri? - Oui, mon fils, c'est moi en personne. Ceci est mon corps de chair et de sang. Il paraît éthéré aux yeux de mon esprit, mais pour toi, il est bien matériel. J'ai tissé d'atomes cosmiques un corps entièrement nouveau, exactement semblable à celui - songe cosmique - que tu as enterré dans le sable illusoire de Puri, au sein d'un monde de songes. En vérité, je suis ressuscité, mais non pas sur terre, dans une planète de l'astral, dont les habitants hautement évolués sont autrement plus à ma mesure que l'humanité terrestre. Là-bas, toi et ceux que tu aimes iront un jour me rejoindre. ….

De même que les prophètes

ont pour mission d'aider l'humanité à racheter leur karma physique, ainsi Dieu m'a confié, dans un monde supérieur, la mission de sauveur, expliqua Sri Yukteswar. Ce monde se nomme Hiranyaloka (Planète astrale illuminée). Ma tâche est d'aider les êtres évolués à expier leur karma astral, s'affranchissant ainsi de la chaîne des renaissances astrales. Les habitants d'Hiranyaloka possèdent un haut degré d'évolution spirituelle; au cours de l'ultime réincarnation terrestre, chacun d'eux a acquis, grâce à la méditation, le pouvoir de quitter en pleine conscience son corps physique au moment de la mort. Nul n'est digne d'entrer dans Hiranyaloka s'il n'a dépassé, sur terre, le stade de sabikalpa samâd1li, pour atteindre celui de nirbikalpa samâdhi). « Les habitants d'Hiranyaloka ont déjà passé par ce domaine de l'astral où les humains séjournent généralement après la mort; tous, ils ont déjà rompu bien des chaînes de leurs actions passées dans les mondes de l'astral, et seuls des êtres avancés peuvent mener à bien cette œuvre de rédemption. Pour purifier entièrement de tout résidu karmique leur corps astral, ces êtres supérieurs renaissent, de par les lois cosmiques, avec un nouveau corps astral plus affiné, an monde d'Hiranyaloka, soleil du cosmos astral où je suis ressuscité pour leur donner des directives spirituelles. Hiranyaloka comprend aussi des êtres avancés venus d'un domaine supérieur, le monde causal, encore plus subtil. » Une telle harmonie spirituelle s'était établie entre le Maître et moi qu'il me communiquait comme une entrevision de ce monde, en partie par la parole, en partie par transmission de pensées. - Les Ecritures enseignent, poursuit Srî Yukteswar, que Dieu a revêtu l'âme humaine de trois enveloppes successives : le corps causal, tissé d'idées; le corps astral subtil, siège du mental et de l'affectivité; enfin, le corps physique grossier. Sur terre, l'homme est équipé de l'appareil sensoriel, lequel correspond, chez l'être .astral, à la conscience, à l'affectivité, dans un corps formé de « biotrons». L'être causal se meut au pays fortuné des idées. Mon œuvre me met en contact avec les êtres de l'astral qui se préparent à pénétrer dans l'univers causal. -- Adorable Maître, donnez-moi d'autres détails sur la vie du cosmos astral. Bien que j'eus un peu relâché mon étreinte, à la prière de Srî Yukteswar, mes bras étaient encore serrés autour de la taille de mon guru bien-aimé, qui s'était joué de la mort pour venir me rejoindre!

Il existe une infinité de planètes

peuplées d'êtres astraux, expliquait le Maître. Pour voyager d'un monde à l'autre, leurs habitants se servent de leurs sens astraux, d'énergies subtiles plus rapides que l'électricité ou les radiations invisibles. « L'univers astral, aux formes les plus subtiles de la lumière différenciée, est infiniment plus vaste que le cosmos matériel. Le monde physique tout entier est suspendu, comme une petite cabine de matière solide, à l'aéronef géant de l'univers astral. Nombreuses sont les galaxies matérielles, qui se résolvent en poussière d'étoiles, mais plus nombreuses encore sont les galaxies de l'astral, dont les systèmes solaires ont des planètes incomparablement plus éblouissantes que les nôtres'; à l'aube, leurs soleils s'épanouissent en mille aurores boréales aux yeux émerveillés de leurs habitants. Le jour et la nuit y sont plus longs que sur terre. « Le monde astral est infiniment beau et pur, incomparablement mieux organisé. Il n'y existe ni étendues désertiques, ni planètes inhabitables. Les fléaux terrestres : mauvaises herbes, microbes, insectes ou serpents y sont inconnus, ainsi que les différences de climat, de saison; un éternel été y règne, tempéré par des averses aux millions de gouttes multicolores, des chutes de neige d'une blancheur éblouissante; lacs d'opale, mers lumineuses, rivières couleur d'arc-en-ciel embellissent leurs paysages. « L'univers astral ordinaire, mais non le monde supérieur d'Hiranyaloka, est peuplé de millions d'âmes humaines venues plus au moins récemment de la terre, ainsi que de myriades d'autres êtres : poissons, animaux, fées, sirènes, nains, gnomes, demi-dieux ou esprits résidant en différentes planètes astrales, suivant les nuances de leur karma. Des zones entières y sont dévolues aux esprits, bons ou mauvais; les premiers peuvent se déplacer librement d'une zone à l'autre, tandis que les seconds sont strictement confinés dans la leur. De même que les hommes vivent à la surface du globe, les vers dans la terre, les poissons dans l'eau, les oiseaux principalement dans l'air, ainsi les différentes espèces d'êtres astraux, des supérieures aux inférieures, sont limitées à leur propre domaine vibratoire…

« Le corps astral se modèle exactement

sur la forme physique de la dernière incarnation dans les mondes de la matière. L'être astral conserve l'apparence qu'il avait dans sa jeunesse, lors de son ultime naissance terrestre. Quelquefois, un être astral préfère celle qu'il avait dans sa vieillesse, comme moi-même. Le Maître, qui était l'incarnation même de l'éternelle jeunesse, sourit à ces mots. - Se distinguant du monde physique, celui des trois dimensions spatiales, uniquement perçu par les cinq sens, le monde astral est rendu perceptible par le sixième : l'intuition. C'est par cette dernière que l'être astral reçoit des sensations. visuelles, auditives, olfactives, gustatives et tactiles. Il possède trois yeux, les deux premiers mi-clos. Le troisième, grand ouvert, c'est l'œil astral au milieu du front. Il possède en outre tous les organes extérieurs des sens : yeux, oreilles, nez, langue ou peau, mais l'intuition lui permet de transmettre aux différentes parties du corps différentes catégories de sensations : ainsi, il peut « voir » par l'oreille, le nez ou les yeux, « entendre » par les yeux ou la langue ou communiquer le sens gustatif aux oreilles, à la peau, etc. « Le corps humain est exposé à toutes sortes d'accidents; quelquefois le corps astral, éthéré, subit lui aussi une lésion quelconque, mais il est immédiatement guéri par un acte de volonté. » - Gurudeva, les habitants de l'astral sont-ils beaux? -- Pour eux, la heauté est spirituelle, et non pas physique, répliqua Srî Yukteswar. C'est pourquoi l'être astral n'attache aucune importance à l'extérieur. Il peut néanmoins revêtir à son gré toutes les formes qu'il désire. De même qu'un homme s'habille pour un gala, ainsi l'être astral assume quelquefois des formes merveilleusement belles. « Dans les planètes supérieures de l'astral comme Hiranyaloka, de pompeuses cérémonies célèbrent la libération spirituelle d'un être astral ayant mérité de s'élever vers les sphères causales…. « Les amis des vies passées se retrouvent dans le monde astral poursuivit la belle voix de mon guru, aux accents de flute. Ils s'enivrent d'amitié éternelle, ayant enfin acquis la certitude que 1amour est indestructible, ce dont ils ont eu tant de fois eu l'occasion de douter lors des désespérantes séparations terrestres. « L'intuition de l'être astral perce le voile séparant son monde du terrestre pour observer les activités humaines, mais l'homme peut voir l'astral que si son sixième sens est en voie de développement. Des milliers d'êtres humains ont ainsi des brèves entrevisions de l'astral.

« La majorité des êtres avancés peuplant Hiranyaloka

restent éveillés et plongés dans l'extase durant 'leurs jours et leurs nuits si longs, aidant ainsi à résoudre les problèmes compliqués du cosmos et de la rédemption des enfants prodigues, rivés à la terre. Dans le sommeil, l'habitant d' Hiranyalokaka voit des songes astraux. Mais, en général, leur esprit est plongé dans l'état super-conscient du nirbikalpa samâdhi. « Les habitants de l'univers astral dans sa totalité sont encore en proie à des souffrances morales. Les erreurs de conduite ou de perception de la vérité tourmentent affreusement les êtres hyper sensitifs, très évolués, d' Hiranyaloka qui s'efforcent de s'accorder, en acte et en pensée avec la perfection de la loi spirituelle. « Les habitants du monde astral communiquent entre eux 'par la télépathie, et la télévision spontanées; ainsi sont évitées les erreurs d'interprétation et les confusions résultat du langage, écrit ou parlé, si communes sur terre. De même, que, sur l'écran, de cinéma, le personnage du film paraît jouer son rôle, grâce aux rayons lumineux, sans avoir besoin de respirer, ainsi l'être astral agit sans devoir tirer de l'énergie à partir de l'oxygène ; pour vivre, l'homme a besoin de solides, liquides, gaz ou toute autre forme autre forme d'énergie, tandis que l'être astral se nourrit essentiellement de lumière cosmique. »… «L'être astral, affranchi des liens terrestres, rencontre dans les différents secteurs de son univers une infinité d'êtres chers acquis au cours des différentes incarnations humaines: pères, mères, épouses, maris ou amis. Il ne sait d'ailleurs lequel préférer, aussi accorde-t-il le même amour à tous, en tant qu'enfants de Dieu. L'aspect extérieur des êtres chers ayant plus ou 'moins changé, suivant le développement de qualités naturelles, lors de l'ultime réincarnation, l'habitant de l'astral met en œuvre son intuition pour reconnaître celui qu'il aime, dans ce nouveau mode d'existence, pour l'accueillir en sa nouvelle demeure astrale. Comme chaque atome de la création est doué d'une individualité impérissable, les amis sont reconnus quelle que soit leur nouvelle apparence, de même que, sur terre, l'identité d'un acteur transparaît, quel que soit son déguisement.

« L'être astral vit beaucoup plus longtemps

que nous; convertie en temps terrestre, la durée de sa vie serait de cinq cents à mille ans. De même que certaines espèces d'arbres vivent plus de mille ans, qu'il existe des yogis âgés de plusieurs centaines d'années, tandis que la majorité des hommes ne dépasse guère l'âge de soixante ans, ainsi certains êtres de l'astral y vivent beaucoup plus longtemps que d'autres. Les visiteurs passagers du monde astral y séjournent plus ou moins longtemps, suivant le caractère de leur karma physique, lequel les refoule vers la terre dans les délais prescrits. « Au moment de rejeter son corps de lumière, l'être astral n'est jamais en proie aux affres de la mort. Néanmoins, certains d'entre eux éprouvent de l'inquiétude à la pensée d'échanger leur enveloppe astrale contre la causale, plus subtile. Le monde astral est exempt de morts accidentelles, de maladies, de vieillesse. Ces trois fléaux sont spécifiques à la terre, où l'homme ne se connaît en somme qu'en tant que corps physique, lequel doit exclusivement son existence à l'air, à la nourriture et au sommeil. « La mort physique se signale par l'arrêt de la respiration et la désagrégation des cellules du corps, la mort astrale par la désintégration des « biotrons » dont est tissée la chair de l'être astral. A la mort physique, l'homme Perd la notion de son enveloppe charnelle et prend conscience d un corps subtil, celui du monde astral. Un être passe ainsi de la conscience d'une naissance et d'une mort astrales à celle de la naissance et de la mort physiques. Ces cycles alternés de renaissances astrales ou terrestres constituent le sort inéluctable de tous ceux qui n'ont pas atteint la libération. Les descriptions scripturales du ciel et de l'enfer éveillent quelquefois les souvenirs, profondément submergés dans, la subconscience, de ces longues séries d'expériences dans le monde astral, pays des bienheureux, comparées au désolant séjour terrestre. »

Maître, bien-aimé, demandai-je,

expliquez-moi en détail la différence entre les renaissances sur terre et dans t~ les mondes astral et causal? '- L'âme humaine, individuelle, est essentiellement causale, répondit mon guru. Elle sert de matrice aux trente cinq idées-forces du corps causal, tandis que le corps subtil astral n'est composé que de dix-neuf éléments et le corps physique grossier de seize.""… « Au sein des trente-cinq catégories de pensée du corps causal, Dieu puise dix-neuf éléments complexes du corps astral et seize du corps physique, en créant, d'abord le premier, ensuite le second. Suivant le principe de la relativité par lequel l'Unité première s'est scindée en une infinité de formes, le cosmos causal et le corps de même catégorie diffèrent du cosmos et du corps astraux; le cosmos et le corps physiques se distinguent dans la même mesure des autres formes de la création. « L'enveloppe charnelle est un songe objectivé du Créateur. La dualité est caractéristique de l'existence terrestre: santé, maladie, plaisir et douleur, gain et perte. Les hommes sont limités dans leur monde à trois dimensions, dont la matière leur résiste. Lorsque la volonté de vivre est brisée par la maladie ou d'autres causes, la mort survient; le lourd vêtement charnel tombe temporairement. Cependant, l'âme demeure enfermée dans les corps astral et causal. Le désir est la force de cohésion qui retient les trois corps. La puissance des désirs inassouvis est le gage de l'esclavage de l'homme. « Les désirs physiques prennent racine dans l'égoïsme et les plaisirs des sens. Ils exercent un attrait autrement plus fort que ceux résultant de l'affectivité astrale ou des perceptions causales. « Le désir astral porte sur toutes espèces de vibrations. L'être astral jouit de la musique éthérée des sphères, du spectacle de la création épanouie dans l'infinie diversité des rayons lumineux. Il goûte, respire ou touche de la lumière. Le désir astral est aussi en connexion avec la faculté de créer tous objets en tant que formes de lumière ou condensations de rêves et de pensées. « Le désir causal se satisfait par la perception. L'être presque entièrement libéré qui n'a pour toute enveloppe que le corps causal voit tout l'univers comme l'objectivation des idées-songes du Créateur; il peut matérialiser n'importe quoi par un acte de pensée. C'est pourquoi les sensations physiques ou la félicité astrale paraissent également Grossières à ces êtres évolués. Le causal épuise ses désirs en manifestant immédiatement son objet par la pensée. Celui qui n'n pour tout vêtement que le voile ténu du corps causal est capable de donner le jour 0 des univers, à l'instar du Créateur. La contexture du monde étant de songe cosmique, l'âme au fin voile causal possède un immense pouvoir créateur. « Une âme, invisible par sa nature, ne peut être mise en évidence que par la présence d'un corps, laquelle démontre qu'il existe encore des désirs inassouvis. « Aussi longtemps que l'âme est emprisonnée dans une, deux ou trois gaines formées d'ignorance et de désirs, elle ne peut s'immerger dans l'Océan de l'Esprit. Lorsque la mort brise le réceptacle physique grossier, les deux autres enveloppes, l'astrale et la causale, subsistent encore, empêchant l'âme de réaliser l'union définitive, consciente avec le Divin. Lorsque la sagesse l'aura définitivement purifiée de tous désirs, elle pourra désintégrer à leur tour les deux derniers réceptacles. L'âme humaine émerge alors, enfin libre, pour se fondre dans l'Absolu. »

Je priai mon guru de décrire

avec de plus amples détails l'énigmatique monde causal. - Il est infiniment subtil, expliqua le Maître. Pour le comprendre, on devrait posséder un pouvoir de concentration extraordinaire permettant de visualiser, en fermant les yeux, le cosmos physique et le cosmos astral dans toute leur immensité - l'aéronef lumineux et la cabine solide -comme n'existant qu'en pensée. Si, par cette concentration surhumaine, on réussissait à convertir, à résoudre en idée pure les deux cosmos, avec toute leur complexité, on atteindrait ainsi le monde causal, à la ligne de démarcation entre la matière et l'esprit. On percevrait alors tout le créé - solides, liquides, gaz, électricité, animaux, plantes ou microbes - comme des formes de la conscience, de même qu'un homme peut fermer les yeux et se dire qu'il existe, bien que son corps, momentanément invisible à ses yeux physiques, ne soit présent qu'en tant qu'idée. « Tout ce qu'un être humain peut faire en esprit, l'être causal le fait en réalité… Le causal jouit d'une liberté autrement plus étendue et peut, sans efforts, objectiver immédiatement ses pensées sans qu'il y ait à cela aucun obstacle matériel ou astral, aucune limitation karmique… « Les âmes du monde causal se reconnaissent respectivement pour des parcelles individualisées de l'Esprit; leurs pensées-objets sont seuls à les environner. Le causal perçoit toute différence entre les corps ou les pensées comme de simples' idées. De même qu'un homme qui ferme les yeux peut visualiser une lumière blanche éclatante ou une vague nébulosité bleue, ainsi le causal, par la pensée seulement, reçoit des impressions visuelles, auditives, gustatives, olfactives ou tactiles absolument réelles ; il crée toute chose et la dissout par la puissance de son esprit cosmique. « La naissance et la mort s'effectuent en pensée dans le monde causal. Les êtres y absorbent exclusivement l'ambroisie éternellement renouvelée de la connaissance. Ils se désaltèrent au fleuve de la sérénité, suivent les chemins non frayés des perceptions, voguent dans l'énorme Océan de la béatitude. A travers leurs corps impalpables coulent des tourbillons de mondes, des bulles d'univers; étoiles de sagesse, rêves de nébuleuses d'or sur le fond azuré de l'Infini ! « Nombreux sont les êtres qui, pendant des millions d'années, hantent le cosmos causal. Dans un état d'extase profonde, l'âme libérée se détache ensuite de sa gaine causale minuscule pour jaillir dans l'immensité de l'univers total. Comme des vagues innombrables, tout - idées, puissance, amour, volonté, joie, sérénité, intuition, calme, maîtrise de soi, concentration - se fond dans un seul Océan d'insondable béatitude. L'âme cesse d'exprimer son bonheur en tant que vague individuelle, et ne fait plus qu'un grand tout avec l'Océan cosmique aux flots sans nombre. « Lorsque l'âme a brisé le cocon des trois corps pour échapper à jamais au principe de relativité, elle devient l'Etre ineffable, toujours existant. Contemplez le papillon de l'Omniprésence, aux ailes pailletées d'étoiles, de lunes et de soleils! L'âme, qui s'étale dans l'Esprit, demeure isolée dans une région de clarté sans lumière, de ténèbres sans ombre, de pensées sans idée, enivrée d'extase, perdue dans le Songe divin de la création cosmique. »

Lorsque l'âme s'est enfin arrachée à l'illusion des trois corps,

poursuivit Srî Yukteswar, elle devient une avec l'Absolu, sans rien perdre de son individualité… « Tant que l'homme n'a pas gagné l'affranchissement final, il passe par d'innombrables incarnations terrestres, astrales ou causales pour se dépouiller successivement de la triple gangue des corps. Un maître ainsi libéré peut choisir de retourner sur terre en tant que prophète, pour ramener les autres hommes à Dieu, ou - comme moi-même - rester au sein du cosmos astral. En ce monde également un sauveur prend sur soi une fraction du karma de ses habitants, les aidant à compléter leur cycle d'incarnations au sein du cosmos astral pour s'échapper vers les sphères causales. De même, une âme libérée peut pénétrer dans le monde causal afin d'aider les habitants à abréger leur temps d'exil dans le corps causal, réalisant ainsi la libération totale. - Ô Maître ressuscité des morts! je voudrais apprendre d'autres détails sur le karma sollicitant les âmes à retourner dans les trois mondes. J'aurais pu écouter mon guru pendant une éternité. Jamais, au cours de sa vie terrestre, il ne m'avait été donné d'apprendre tant de choses de lui. Aujourd'hui, pour la première fois, il m'éclaircissait le domaine mystérieux de la vie d'au-delà la mort…

Le karma physique

des désirs humains peut permettre à l'homme de demeurer définitivement dans le monde astral. Deux catégories d'être résident dans celui-ci. Ceux qui possèdent encore un karma terrestre et doivent par conséquent réhabiter un corps physique grossier afin de payer leur dette karmique sont, après leur mort humaine, les visiteurs temporaires de l'astral. «Après la mort astrale, les êtres n'ayant pas encore expié leur karma terrestre ne sont pas admis dans le monde causal supérieur des idées; ils passent alternativement du monde physique à l'astral, successivement conscient des seize éléments grossiers du corps physique ou des dix-neuf éléments subtils du corps astral. Néanmoins, ayant perdu son corps physique, l'être peut développé est plongé, pour la plupart du temps, dans le profond sommeil de la mort et ne peut jouir des splendeurs du monde astral. A la suite de ce repos dans l'astral, un tel homme retombe dans le plan matériel s'accoutumant progressivement, à la suite de renaissances successives d'un monde à l'autre, à prendre conscience de la contexture subtile des sphères astrales. « Les résidents permanents du cosmos astral sont ceux qui libres d'aspirations matérielles, n'ont plus besoin de retomber dans une forme grossière. Il ne reste plus à ces êtres que leur karma astral, ou causal. A la mort astrale, ils émigrent dans le monde causal, infiniment plus subtil et plus raffiné. Au bout d'un certain laps de temps prévu par les lois cosmiques, un tel être évolué rejette l'enveloppe causale tissée des vibrations de la pensée, pour retourner sur Hiranyaloka ou une autre planète astrale supérieure, afin d'y expier, dans un nouveau corps astral, ce qui reste de leur karma.

«Mon fils, désormais tu as entièrement

compris que je suis ressuscité par décret divin, poursuivit Srî Yukteswar, en tant que sauveur d'âmes, venues des sphères causales plutôt que de la terre. Car ces âmes, s'il subsiste en elles la moindre trace de karma matériel ne s'élèvent jamais dans les planètes astrales aussi évoluées qu'Hiranyaloka. « La plupart des habitants de la terre, auxquels les visions nées de la méditation n'ont pas appris l'indicible ivresse de la vie astrale, se hâtent, après la mort astrale, de retourner aux plaisirs mesquins et grossiers de cette planète ; ainsi, nombreux sont les êtres de l'astral qui, durant leur passage par les sphères causales, à la suite de la désintégration normale de leur enveloppe astrale, restent inconscients des joies spirituelles supérieures, et, altérés de bonheur moins raffiné, aspirent à regagner leur paradis astral avant de rester en permanence dans le monde causal, tissé de vibrations de pensée, qu'un voile ténu sépare du Créateur. "Seul un être pour lequel il n'est plus de jouissances astrales auxquelles il serait tenté de retourner, peut demeurer à jamais dans l'univers causal. Ayant achevé de racheter son karma causal ou germe de désirs passionnés l'âme rejette le voile ultime d'ignorance et, émergeant du réceptacle causal, fusionne à jamais avec l'Eternel. « Maintenant, tu as compris, ajouta le Maître avec un sourire fascinant…

L'interpénétration des trois corps

se révèle de bien des façons dans la triple nature de l'homme, continua mon grand guru. Sur terre, à l'état de veille, l'homme est plus ou moins conscient de ces trois véhicules de l'âme. Lorsqu'il reçoit des impressions visuelles, auditives, olfactives, gustatives ou tactiles, c'est le corps physique qui est principalement en jeu. La visualisation ou l'acte de volonté proviennent du corps astral, tandis que l'enveloppe causale s'exprime dans la pensée ou l'introspection et la méditation .divine. Les idées de génie visitent habituellement l'homme qui entre en rapport avec son corps causal. Dans cet ordre d'idées, il est juste de parler des trois types humains : le « matériel », le « volontaire », ou « l'intellectuel ». « Un homme s'identifie avec son corps physique seize heures par jour environ. Pendant le sommeil avec rêves, il émigre dans son corps astral, créant sans efforts les objets, à la manière de l'être astral. Dans le sommeil profond, dépourvu de songes, il transporte le centre de sa conscience, ou sens du moi, dans le corps causal; seul, ce sommeil-là est réconfortant. Dans les songes, le dormeur est en contact avec le corps astral: ce sommeil n'est pas entièrement reposant. J'observais avec amour Srî Yukteswar tandis qu'il me dévoilait les énigmes de l'Au-delà. - Guru angélique, dis-je, votre corps est exactement semblable à celui sur lequel j'ai tant pleuré, à l'ashram de Puri. - Mais oui, mon nouveau corps est une fidèle réplique de l'ancien. Je le matérialise ou le dématérialise à volonté, beaucoup plus fréquemment que je ne le faisais sur terre. En le désintégrant, en un clin d'œil, je vole avec la vitesse de la lumière de planète en planète, du cosmos astral au causal ou au physique. Mon divin Maître sourit: Quoique tu te sois si souvent déplacé ces jours derniers, je n'ai eu aucune difficulté à te retrouver à Bombay! - Ô Maître, votre mort m'a tellement fait souffrir! - Suis-je donc mort? L'idée même en est absurde! Les yeux de Srî Yukteswar brillèrent d'amour, et aussi de bonne humeur: - Tu n'as fait que rêver, sur cette terre, et n'as vu que mon corps de songe, poursuivit-il. Ensuite, tu as inhumé cette image, œuvre de songe. À présent, mon corps de chair, celui que tu contemples, que tu étreins si fort, est ressuscité sur une autre planète, également rêve divin. Un jour, ce corps plus subtil et cette planète elle - même - songes tous les deux - disparaîtront eux aussi, car ils sont éphémères. Toute bulle de songe doit finalement éclater lors du réveil. Mon fils Yogananda, apprends à distinguer entre le rêve et la Réalité!…

Maintenant, Yogananda, tu connais la vérité

sur ma vie, ma mort et ma résurrection. Ne me plains plus désormais. Répands plutôt la nouvelle de cette résurrection - après une vie passée sur cette terre, songe divin - à une autre planète peuplée d'êtres drapés dans la tunique astrale, elle aussi songe divin. À ta voix, l'espoir se ranimera dans les cœurs humains, pétris de misère, ceux des dormeurs que la mort effraie!... Sur terre, mon âme était trop grande, trop au-dessus des autres hommes. Aussi t'ai-je réprimandé plus que je ne l'aurais dû. Ton amour a traversé victorieusement le feu de ces reproches! Il ajouta avec douceur: - Aujourd'hui, je suis revenu pour te dire ceci: jamais, jamais plus je ne porterai le masque de la sévérité ; plus jamais je ne te réprimanderai. Combien je regrettais la censure de mon guru ! Chaque reproche m'était une protection, comme un ange gardien. - Cher Maître! Blâmez-moi encore et encore des millions de fois ! - Je ne le ferai plus. Sa voix divine était grave, tout en cachant une joie secrète. - Toi et moi sourirons ensemble aussi longtemps que nos deux formes seront distinctes l'une de l'autre, au sein du songe divin de mâyâ. Un jour, nous ne ferons plus qu'un seul être en fusionnant avec le Bien Aimé cosmique ; alors nos sourires seront les siens, notre joie- Sa joie a travers l'Eternité ! Srî Yukteswar me donna d'autres éclaircissements que je ne peux révéler ici. Durant les deux heures passées avec moi dans ma chambre de Bombay, il répondit à toutes mes questions… - A présent je te quitte, mon bien-aimé! A ces mots, Je sentis que le Maître échappait à mon étreinte. - Mon enfant! Sa voix résonnait, éveillant un écho dans le tréfonds de mon être. -Toutes les fois que, plongé dans le nirbikalpa samadhi, tu m appelleras, je serai à tes côtés, en chair et en os, de même qu'aujourd'hui! A cette promesse céleste, Srî Yukteswar disparut. Sa voix aux accents divins vibrait encore : - Dis-le à tous! Celui qui, par le nirbikalpa samâdhi, se convaincra que cette terre est le songe de Dieu sera admis dans le paradis d'Hiranyaloka, lui-même tissu de songes, et m'y retrouvera, ressuscité, dans un corps exactement pareil au terrestre. Yogânanda, dis-le à tous! Dans le présent chapitre, j'obéis aux injonctions du Maître en annonçant la nouvelle de sa résurrection, Quand bien même elle devrait se heurter à l'indifférence d'une génération matérialiste.
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